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Ferrier, le siège de l'association Escotal

 

Voir les communautés taisibles (agricoles) sur le site Wikipédia

 

Voir vidéo sur les communautés agricoles de Ferrier par Michel Sablonnière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le magnifique et imposant four à pain de Ferrier qui permettait de faire le pain de la communauté pour deux semaines...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Couvertures du "Maitre du pain"

de Lucy Achalme

Les communautés agricoles

Les communautés agricoles ou associations de parsonniers ont existé un peu partout en France au Moyen-Age et principalement à  l'époque féodale. Dans bon nombre de régions elles disparurent avant le XVIIème siècle. Notre région, avec plus particulièrement les environs immédiats de Thiers, est sans conteste la dernière où elles ont subsisté. Deux ou trois d'entre elles existaient encore au début du XXème siècle sur Escoutoux et sur Celles sur Durolle.

 

Photographie des derniers membres de la communautés des Ferrier
(vers 1904)

Origines et formations

Il est bien difficile, voire impossible, de dire avec exactitude à quelle époque ce mode de vie a commencé à se développer. Il nous faut remonter aux premiers temps de la féodalité; hélas aucun texte ne peut vraiment nous aider car ces associations n'avaient aucun accord écrit, mais seulement un accord tacite ou taisible.

C'est seulement aux XVIIème et XVIIIème siècles, c'est à dire vers la fin des communautés, que l'on trouve des actes mentionnant la création ou la reconduction d'une société entre plusieurs associés ou consorts. Au Moyen-Age, le but principal des serfs était de pouvoir échapper au droit de main morte du Seigneur lors du décès d'un des leurs et ainsi de pouvoir se succéder. Certains textes de franchises ont accordé aux serfs la facilité d'hériter d'un défunt; la condition expresse était d'avoir vécu avec lui l'année durant au même pot et au même feu.

L'abbé Guélon, au XIXème siècle, dans son ouvrage sur Vollore, nous dit que plusieurs historiens ont constaté "que l'usage de vie en commun " est général au XIIIème siècle, un siècle de prospérité pour le Royaume de France alors très peuplé et qu'aucune épidémie n'a frappé depuis longtemps. Il est certain aussi que la vie en commun offrait l'avantage de pouvoir travailler un plus grand tènement et d'en acquitter plus facilement le cens. Dans les terriers de Thiers, comme le remarque André Kristos, le terme de communauté n'est pas employé. On dit seulement "tel et tel consorts communs en bien".

Un grand nombre de communautés de notre région ont regroupé dans leur sein parfois plus de vingt personnes et quelquefois même trente. Il est évident qu'à leur origine la population était bien moins importante.

 

Ferrier : cette grande bâtisse appartenait à la dernière communauté agricole
française qui s'éteignit en 1961...

Organisation intérieure

Faire cohabiter trente personnes sous le même toit n'est pas chose facile assurément et ça l'est encore moins lorsque des liens de parenté proches ou éloignés sont en jeu. Nos ancêtres "communautaires" avaient résolu en partie le problème en déléguant à l'un des leurs l'autorité. C'était le rôle du maître, personnage capital.

Le maître ou "Mouistre" était élu par les parsonniers, c'est à dire les membres de la famille. On ne discutait pas ses ordres, il organisait le travail, représentait la communauté à l'extérieur, il était aussi chargé de vendre et d'acheter le bétail, le blé, etc., mais au-delà d'une somme fixée d'un commun accord, il devait prendre l'avis de tous.

Lorsque les propriétés étaient grandes et que l'on pratiquait de nombreuses activités, le maître s'adjoignait des aides à qui il remettait une partie de son autorité. L'un devait s'occuper des labours et du bétail, un autre des vignes et de la cave, etc.

Dans toute la région thiernoise, les maîtres bien souvent, outre leur rôle familial, ont aussi exercé d'autres fonctions telles que : consuls, collecteurs de la taille ou bien marguillier des églises paroissiales dont ils relevaient.
Les maîtres étaient élus, mais bien souvent ce n'était qu'une simple formalité car chacun d'entre eux, au cours de son "règne", se choisissait un successeur qu'il formait et à sa mort les parsonniers donnaient l'autorité à celui qui avait été formé par le maître défunt.

La Maîtresse (en aucun cas la femme du "Mouistre"), à son niveau aussi, avait une autorité comparable à celle du maître. Elle régnait sur la basse-cour et son rôle principal était l'éducation des enfants dont elle avait la charge, secondée par les femmes de son choix. Il lui fallait aussi pourvoir à l'habillement de tous ses parsonniers qui, eux, avaient la charge d'entretenir la propriété et qui la faisaient prospérer, menant une vie simple, sortant rarement à l'extérieur de leur territoire.

Dans la montagne thiernoise, l'influence de la religion a été grande et tous ces gens pratiquaient les vertus prêchées par l'Évangile et en premier lieu : la charité.

Il y avait toujours à table une place réservée pour les pauvres et
elle était souvent occupée.


Activités -Ressources

Le nombre élevé de personnes vivant au sein de chaque famille avait permis de diversifier les activités et ainsi de multiplier les ressources.

Notre région de demi-montagne, au sol assez pauvre, se prêtait surtout à l'élevage (bovins et ovins), mais aussi à la culture des céréales, principalement le seigle que l'on nommait au XVII et XVIIIème siècle, blé-seigle.

Les communautés implantées sur les coteaux de Thiers, Escoutoux et Vollore possédaient de nombreuses vignes, dont l'essentiel de la production trouvait un débouché naturel sur la ville de Thiers elle-même.

L'importance d'une "maison", ainsi appelait-on une communauté ici, est facile à voir sur les cahiers de la taille et de la capitation, par le nombre de paires de vaches ou de bœufs servant au labour.

Les plus importantes pour Escoutoux, vers 1700, labouraient à deux paires de vaches et parfois une paire de bœufs.

Outre les jardins confiés aux femmes, toutes les "maisons" possédaient une chènevière d'où l'on tirait le chanvre qui, une fois traité et tissé, servait à confectionner les toiles pour les draps et divers autres tissus pour les habits ordinaires.

Bien souvent, dans les communautés de la montagne thiernoise, la coutellerie a joué un rôle important. Certaines familles telles les Ferrier du village de Ferrier étaient forgerons et possédaient leur marque de coutellerie.

Les domaines appartenant aux communautés agricoles étaient souvent vastes et n'ont cessé de se développer jusqu'à leur dissolution.

Nombreuses étaient les familles possédant plusieurs domaines, dont une partie était exploitée par des métayers.

Une ferme-atelier de coutellerie à Raynaud

L'habitation

Ici, peu ou pas de cour fermée comme dans les grandes plaines fertiles. L'habitation, d'implantation le plus souvent très ancienne, s'est développée au fur et à mesure des besoins et sans aucun souci d'ordre ; cependant les villages sont la plupart du temps exposés au sud.

La maison

Commune à tous les parsonniers, elle est haute, vaste mais sans apparat, avec un étage et grenier au-dessus. Elle est en pisé dans la plaine et en pierre dans la montagne de Thiers; un point commun à chacune ; la tuile creuse et la faible pente des toitures.

Granges et dépendances

Aux dimensions importantes, elles ont leurs toitures supportées par de gros piliers de bois, en fait des arbres entiers simplement taillés à la hache. Les matériaux de construction sont les mêmes que pour la maison.

 

Le domaine bâti de Ferrier : maison, granges et dépendances

Moeurs - Coutumes

La vie des parsonniers était faite de simplicité, toute consacrée au travail et à la prospérité de leur maison. Ils ne fréquentaient que très peu l'extérieur. Leurs principaux déplacements étaient pour aller à l'église de leur paroisse et il était très mal vu dans les communautés de fréquenter les auberges.

Les mariages

Pratiquement toujours décidés à l'avance, on s'arrangeait dans la mesure du possible pour marier les cousins germains entre eux. S'il n 'y avait pas de garçons et de filles de même parenté on cherchait dans une communauté voisine et souvent c'était alors des mariages multiples le même jour.

Les mariages avaient lieu autant que possible à la morte saison, lorsque les travaux des champs avaient cessé et en hiver il était plus facile de garder la viande pour les festins.

Les filles recevaient un trousseau, leur lit et un coffre de bois dur ainsi qu'une somme d'argent, payable en plusieurs termes. Cette somme représentait leur droit dans leur maison d'origine ; elles se trouvaient ainsi exclues de tout éventuel partage.

Les dissolutions

Sous l'ancien régime, il y avait eu des partages de communautés, mais leur disparition s'est produite dans la première moitié du XIXème siècle, seules, deux ou trois sont parvenues au début du XXème siècle.

La cause principale en a été la révolution de 1789 qui a bouleversé les traditions et ouvert de nouveaux horizons.

En conclusion, nous dirons simplement que si les communautés agricoles n'existent plus aujourd'hui, en revanche leurs descendants sont nombreux dans la région de Thiers et certains vivent encore sur le lieu de naissance de leur famille.


Le roman de Lucy Achalme "Le Maitre du pain" écrit au début du 20ème siècle fait une description très réaliste des communautés agricoles.


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